18 heures 27

 Son visage pourrait se dessiner lentement entre les volutes de fumée, un cigarillo aux notes de cuir peut-être, l'angle de la mâchoire qui ferait penser qu'il est encore jeune laissant entrevoir des favoris poivre et sel, ou l'aile du nez ni trop charnue, ni trop émaciée encore ouverte pour humer les saveurs du tabac, ou l'arc naissant d'un sourcil, trait net sans être grave, l'éclat de la prunelle sous les cils. Il pourrait se présenter ainsi, pardessus, casquette, une écharpe et ce visage indéfini sous les envolées blanches et grises striées d'indigo. Il y aurait une main, un cigarillo trop sombre, une allure en contre-jour. Il aurait poussé la porte vitrée de la boutique, révélant à nos regards la froidure de ce jour d'octobre à la presque nuit, déjà, trop tôt. N'entreraient alors que les éclats urbains, lumières drues, crissements, claquements de portes, voix, le vent qui vient de traverser la baie, si l'homme n'avait apporté ce souvenir de forêt couverte de brouillard et le bruissement de cuir mouillé sur les feuilles. Nous aurions levé la tête, suspendant la mélodie du rebetiko, fini d'allumer la lampe sur la table près de la fenêtre révélant le rouge du tapis, le dos des livres sur la bibliothèque et la chaussure de feutrine de Julia. Hanne aurait tourné la tête tout en continuant de soliloquer.
(c)SAP2012

(Ce texte continue ou reprend un travail d'écriture entrepris il y a presque un an dans le cadre d'un Atelier d'été 2020 animé par François Bon, TiersLivre)

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