Au jardin

Voici mon billet pour les Vases Communicants de mai 2017, accueilli sur le blog de François Bonneau L'irrégulier.


Il y a comme une nostalgie douce à s’arrêter au milieu de l’éphémère, ce jardin comme un murmure, ce jardin comme une évanescence perlée de rosée. Doux plaisir tranquille au cœur de sa fraîcheur fragile. Mais présente. Au point de vouloir s’y perdre. Lentement.

Pas lents qui serpentent de-ci, de-là, frôlant les agapanthes mêlées aux longues graminées avec, au loin, les roses. Pas qui s’égarent dans le foisonnement des formes. Les heures alors ralentissent. Les gestes osent l’impensable en ces temps tendus et gris, caresser des pétales, suivre la forme d’une feuille, toucher le velours d’une oreille d’ours, s’attarder sur la chaleur parfumée des pétales d’un pavot, plonger dans les roses délavés, resurgir auprès d’une aubépine.

Jardin des délices où, enfin, le merveilleux retrouvé de la vie s’étale, s’égaie, s’ébat, se donne à pleines mains sans chercher à rassasier les yeux. Jardin de jeux, où les griffons peuvent enfin jouer au milieu des vignes éternelles annonciatrices de fruits sucrés dans lesquels mordre avec ivresse. Jardin libre de pudeurs et d’interdits, mais qui enseigne la mesure, la musique, le rythme toujours renouvelé de nos vies éperdues.

Jardin de pierres où je lis ma mémoire et pénètre en pensée pour rejoindre ce petit coin de bonheur où faire dormir mon âme.



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