Les Vases Communicants - Janvier 2017


Les Vases Communicants sont un projet proposé à l’initiative de Tiers Livre (http://www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (http://www.scriptopolis.fr/) : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. Ils sont animés avec passion par Marie-Noëlle Bertrand.

Le drame d’une vie peut toujours être représenté par la métaphore de la pesanteur (Milan Kundera, « L’insoutenable légèreté de l’être », 1984). C’est par ces mots que j’introduis, de biais, le thème de l’échange de janvier 2017  avec Philippe Reguillon : Guerre ! à commencer de celles des mots qu'il sait manier, mais comme une arme pour faire réfléchir et, parfois, sourire malgré nous. J'ai donc le plaisir de l'accueillir ici et de vous faire découvrir son regard sur nous, humains.
Vous retrouverez mon texte sur le blog de Philippe Reguillon "Un jour en France".

De la Guerre


Quoi ? T'as un problème ?

 T'es contre la guerre, c'est ça ?

Comme tout le monde. Sauf que tout le monde c'est pas toi, c'est pas moi, et c'est personne en
réalité. T'as pas remarqué que t'es en guerre depuis que t'es né ? Ta maman t'a pas dit qu'il fallait se battre dans la vie ? Sans déconner, t'as pas remarqué que t'es paumé dans un champ lexical miné de mots guerriers ? T'as pas remarqué que la guerre n'était qu'une extension du domaine de la lutte, comme dit l'autre, là, dont j'ai oublié le nom mais ça va me revenir. J'ai un moyen mnémotechnique : Faut que je pense à un oiseau. Pas une colombe, naturellement. Ah oui !

Où est le bec !

Donc, te voilà avec ta dose d’agressivité post-natale, tes bourses à vider, ton utérus à remplir, cette envie irrépressible de vivre avec ta pulsion de mort et tu viens me chanter que la guerre c'est pas bien. Alors que si tu pouvais, tu logerais une balle dans la tête de ton voisin bruyant, une autre dans celle de ton boss, ce connard narcissique, à tous ces types à l'haleine grasse qui te collent dans le tramway. A tous ceux qui chaque jour t'emmerdent.
Alors c'est quoi la guerre sinon le sommet apical de ce que tu es fondamentalement ? Sans parler de  elle, larvée, que tu mènes contre toi-même afin justement de ne pas céder à la violence. Et puis quoi, relis l’Iliade ! Du choc des épées jaillit la lumière, un truc du genre. Ouvre donc un livre d'histoire, Bon Dieu ! C'est pas du Disney, encore que...

Même dans les Disney, ça se bastonne.

Je vais te dire : L'unique problème avec la guerre, la grande, celle qui propulsera ton nom sur un joli
monument, c'est que ce ne sera pas la tienne. Ce sera le produit de la manipulation de ton esprit par des charlatans. Après, je dis pas, t'as le droit d'adhérer à la Patrie, aux lendemains qui chantent, à la Liberté, à la lutte contre le terrorisme, ou à la spoliation des ressources pétrolières. Les unes n'excluant pas les autres. Quand on peut joindre le mutilé au dégradable, faut pas se priver.

La guerre, c'est ta haine peinte en kaki.

Ne me dis pas que t'as jamais haï... 

Ô Bonne Guerre, ma Mère !



Commentaires

Philippe a dit…
Ce type est génial ! Et tellement modeste en plus !

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