Les Vases Communicants de juin 2016

J'ai l'immense honneur et bonheur d'accueillir sur cette page, l'écriture de Françoise Renaud, écriture physique des sentiments qui font sens avec la nature, nature naturelle, nature humaine, une nature-écriture pudique, sensuelle et forte. Une écriture exploratrice de nos fragilités, de nos héroïsmes qui pourraient sembler faiblesses mais jamais n'abandonnent l'amour. Françoise Renaud "travaille" les images, les photographies pour laisser dire l'homme, la vie. Ses publications disent sa force poétique.

Le thème que nous avons choisi est un non-thème: simplement une photographie que j'avais faite en visitant le château de Cancellara (Potenza, Italie), bourg situé dans la région de Basilicate. Le château dit "longobard" ne donne à voir aujourd'hui qu'une facture du XIIIe siècle - quelque peu frédéricienne - en voie de perdition, qui en fait le charme. Cette photographie est prétexte à "parole", par l'entrecroisement de nos textes.


(c) sylvie pollastri


Passage


Il était sorti prendre l’air. Tard le soir. Il avait entendu un hurlement de chien et il avait suivi le chemin qui s’annonçait devant lui en se demandant où diable le chien se terrait. S’il était en train de se battre ou s’il souffrait.

Le chemin avait l’allure d’une berge de rivière, longeait des bâtiments ou des jardins. Allez savoir ce qui se niche derrière ce type de murailles, des propriétés où la vie est bien organisée, où les gens cherchent à être tranquilles au bord de la vieillesse en dépit de familles déglinguées, essayant d’oublier les histoires sans queue ni tête qui constituent leur héritage au même titre que leurs biens, n’étant jamais dupes des visites qu’ils reçoivent. Murailles par endroits crépies au sable ou pierres empilés visibles, parfaitement imbriquées pour durer. Ruelles au sol pavé rongé par d’innombrables passages, lents ou précipités. Ces gens-là essayaient d’oublier ce qu’ils avaient traversé, en vérité ils étaient terrifiés. Ils hurlaient parfois un peu comme des chiens souffrant de maladie ou de solitude. Et lui entendait tout cela, tard dans la nuit, à travers le hurlement de cette bête qu’il traquait à présent pour en avoir le cœur net.

Il avait bifurqué à la faveur d’une placette, grimpé une série d’escaliers trapus. Il essayait de se guider au bruit qui résonnait contre les parois de pierre. Désormais tout proche. Le chien, là, couché dans un recoin avec une plaie au ventre. Le malheureux.
Il s’était approché de lui parlant, lui avait caressé la tête — geste qui l’avait apaisé. Puis il l’avait soulevé entre ses bras après l’avoir protégé de sa veste dans l’intention de le conduire chez un soigneur — pas sûr qu’il l’aurait fait pour un mendiant, un indigent. Il se souvenait avoir repéré une clinique pour animaux dans le quartier là-bas, mais elle était fermée à cette heure. Il avait attendu devant la porte, pleurant avec le chien, toutes ces heures l’accompagnant. Et puis ce soubresaut. Comme un nuage de sauterelles obscurcissant le ciel.

Françoise Renaud

à propos des Vases Communicants

Commentaires

Dans la solitude le chien rappelle à elle.

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