les heures blanches

On était pourtant loin de ces heures blanches qui anéantissent les gestes et donnent au temps une forme massive et totale. Il n'était pas si tard non plus. Mais ici, là où les rues sont orientées vers l'est, c'est au matin que les pierres chauffent et remplissent l'air de leur tiédeur un peu salée, faisant de ce dernier un imperceptible mouvement d'ailes sur la peau. Il y avait déjà un éblouissement, déjà le plaisir de ce contact et le désir de se dévêtir juste un peu plus.
On était pourtant loin de ces heures blanches et les gens étaient déjà rares dans les rues. Justement, l'espace urbain s'offrait à la conquête et le flâneur pouvait alors musarder à son aise, prendre la mesure des arbres, des fleurs, des multiples scintillements qui disaient le vert, le rose, le bleu, la terre, le ciel. La ville se mettait à l'ombre de la nature, sous les feuilles tendres, les parfums légers. Les platanes n'étaient plus d'immenses cris vers un ciel fermé, mais des chevelures légères sous le zéphyr. Les arbres de Judée n'étaient plus des potences sombres, mais une explosion de vie et de délices.
Rares étaient les commerces ouverts: un bureau de tabac ici, un bar là, la poissonnerie, l'épicerie ici mais juste pour la matinée, quelques magasins de vêtements dans la rue principale. Rares étaient les gens. Des hommes. Rien que des hommes. Beaucoup d'hommes dans le bureau de tabac-loto saturé de fumée. Je marchais à contre-courant des hommes, ce matin de soleil et de fête.

Commentaires

burntoast4460 a dit…
Encore un texte d'atmosphère. Bravo.
Marcher à contre-courant des hommes. Bien belle expression qui ne dit rien pourtant de la rudesse des courants, de l'ardeur des torrents ou de la légèreté des cascades.
Sylvie ... a dit…
merciiiiii toastbrûlé
merciiii jean-pol

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