le dos tourné

La matinée semblait propice à l'errance de mes pas. Grisée avec des fils de soleil d'avril. Je voulais aller voir la mer. Elle se présenta calme mais dure et me laissa dans l'indifférence.
Le nez en l'air et la tête dans le vide, je continuais alors, en prenant la route qui se musardait le long des anciennes murailles et arrivais sur le parvis du palais du catépan sur lequel s'ouvrait une basilique massive et blanche. Mais c'est un édifice plus petit, sur la droite, qui attira mon regard. Quelques marches, une porte étroite, une famille tzigane, et un va et vient animé, discipliné et silencieux de femmes et d'hommes et d'enfants qui contrastaient avec le bariolage rigide du parvis catholique.
Une église orthodoxe romaine.
La mélopée à une voix et quelque peu monocorde emplissait la nef unique, sous les effluves discrètes de la myrrhe en train de brûler. Et le va et vient se poursuivait à l'intérieur dans un grand brouhaha silencieux, sérieux et relaxé. femmes avec leurs fichus ou sans, poussettes, enfants, hommes, un peu toutes les nationalités, des slaves, des moins slaves, une dame éthiopienne toute vêtue de blanc son livre de prières coptes à la main, des latins, des moins latins, presque tous debout, qui allaient, venaient, revenaient, achetaient de longs cierges en cire d'abeille, allaient déposer des fruits ou des tourtes ou quelques gâteaux vers un coin plus sombre. J'ai suivi le manège, suivi les pas vers cet autre côté de la nef pour découvrir la table où toutes ces offrandes étaient déposées, pour découvrir qu'elles étaient pour les enfants ou simplement pour qui avait faim. La mélopée revient, la voix de l'officiant se fait entendre dans un mélange de langues qui disait les peuples et l'histoire. Quelques chants, des femmes accompagnant les parties chantées presque sur un murmure. Les enfants passent. Les mères suivent. Certains reviennent avec un gâteau ou un fruit. Je me déplace un peu, ajuste le regard vers le point que tous fixent. L'officiant "trafique" autour de l'autel, le dos courbé, caché à l'assemblée, au centre de la cérémonie. Le choeur masqué par un pilier accompagne chacun de ses gestes, brefs et comme invisibles. L'officiant se déplace par petits pas latéraux, prend, pose, dépose, reprend, continue, tandis que dans son dos une foule silencieuse, immobile et mobile, va, vient, entre, sort, dépose un cierge, écrit une prière, apporte une offrande dans l'odeur lentement envahissante de myrrhe.

Commentaires

Anonyme a dit…
Tu as "corrigé" juste le petit détail qui me chiffonnait un peu ;) Comme mon premier commentaire a sombré dans les abîmes du net, je réitère pour te dire mon plaisir : tu as su me transporter dans cette chapelle.
Gros bisous de Eva (en espérant que cette fois-ci tu pourras me lire).
Sylvie ... a dit…
Je t'ai lu!
Merci pour ta lecture et ta remarque.
Burntoast4460 a dit…
Quel est le bon blog, ici ou sur WordPress ? :)

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