lundi 21 novembre 2016

A rebours

En sens inverse de la marche sur le chemin d'un retour,  je suis lancée sur les rails. Défilent arbres, feuillages, champs, univers campestres et agricoles, immuables, intemporels, ce toujours des hommes façonnant la vie. Les maisons carrées pourraient m'être étrangères, ces silos d'acier, trapus et gourds, manisfester l'intime et le secret de petites forteresses contrairement à d'autres batiments frères, solides et cimentés, austères prisons du grain silencieuses. Le ciel est bas, chiffonné, crayonné de gris et de blancs sur un fond absent. Une longue crête défile. Une autre encore. Les Alpes meurent ici. Un goulot enserre le train. Bientôt ailleurs.
Je vais à rebours, dans un retour vers mes terres.
Une heure a passé déjà. Le ciel grisaille au dessus de ce coin d'hommes qui repose muet, comme moi ici, pourtant au milieu d'hommes cachés  comme moi dans leur confortable progrès. Sans lui, je ne pourrais vous écrire, confier à l'écran qu'il me semble glisser ainsi à la surface du monde qui me recueille. Je glisse dans le temps sur l'espace infini, réduit pourtant à ces arbres, ces champs et ces maisons lointaines.
Désormais, les clochers pointus et noirs ont laissé la place aux formes placides et si familières. Quelques façades de fermes se teintent d'ocre rouge, cette terre de sang que je retrouvrai plud tard dans l'Estérel. Le paysage se colline et les haies d'arbres, encore des peupliers dorés défeuillus, pas encore le vert dur des cyprès, rappellent à l'oeil averti ce vent froid. Avignon quelque part sur ce tracé invisible où l'homme, soudain, se fait rare.
Sur ma droite, je vois les premiers calcaires, massifs, irreductibles anarchistes face au travail regulier et patient des hommes dans les vignes. De l'autre côté, le fleuve est peut-être là. Dans ce monde automnal tout est baigné d'or sous le liseré triste du ciel.
Il est étrange d'aller ainsi sur le fil des heures de ce qui sera après, plus tard, pas encore, traversant des terres ancestrales pour revenir vers ce qui était avant. Qui n'est plus et naîtra. Et qui dit aujourd'hui sa présence, son intime. Les hommes rencontrés, les mille mots dits, les cailloux sur la route. Dans ce voyage à rebours, je lis mon être cent fois lu par d'autres. Les mots restent les miens dans cet instant de vie à l'envers lancée à quelque trois-cent kilomètres.
Le passé n'est qu'un mot du présent.

vendredi 4 novembre 2016

Vases Communicants de Novembre 2016

Presque en tir d'angle, les Vases Co de novembre arrivent enfin sur ce blog, accueillant avec plaisir François Bonneau qui a accepté ce rendez-vous mensuel d'échange et d'accueil sur le blog de chacun autour d'un "thème". Pour notre échange, nous avons choisi une photo-titre-thème.


Ça sent le propre, ici. Pas le savon ni le détergeant, non, ça sentirait plutôt l’absence de poussière, le beige uniforme. Et aussi un peu le café, versé dans des tasses en plastique, à l’autre bout de la table ovale. Mais chut, celui qui est debout se met à parler.


-          … et l’emploi du temps est chargé, nous n’avons que peu de temps, alors je vous demanderais d’être synthétiques dans vos interventions.


Huit têtes se hochent. Se concentrer, se souvenir d’être synthétique, performant et concis, synthétique, et assorti aux matières de la salle, synthétique, comme le cuir des fauteuils, comme le bois qui recouvre les cloisons. Penser à tenir un stylo, à formuler les questions auxquelles on va répondre la seconde d’après, penser à montrer ses dents et à remplir le tableau blanc, au mur.

Puis, d’heure en heure, les interventions se bousculent, s’écharpent et se succèdent, d’ardents débats en disputes courtoises. Les arguments s’étrillent. L’un a enfin raison.


-          Bien. L’objectif est atteint, mes félicitations, nous avons enfin pu statuer sur la date de la prochaine réunion.

vendredi 28 octobre 2016

Je reviens peut - être

Je reviens peut - être sur les routes d'automne, quand le froid touche enfin les ramures des arbres. Je reviens peut - être te voir en ce jour qui annonce un frimas. Le  vent s'engouffre comme un homme pressé et quelque peu bourru, puis court toujours plus vite le long de l'avenue, sans s'arrêter, redoublant de plus belle et sa course et sa hâte.
Je reviens d'un voyage, un autre m'attend peut - être. Je reviens sur  ces routes, qui furent un jour miennes. Je ne sais où je vais.
Je pourrais dire ma chance à être parmi vous, murmurant joies et peines en ce jour qui faiblit. J'attendrai dans le froid. Mon errance éphémère me porte à regarder qui n'entend et ne voit. Moi-même, je ne parle, ni écoute vos dires.  J'ai pris sur moi la haine.  J'ai pris sur moi l'oubli.
Je m'en vais sur les routes. Je reviendrai,  peut - être.
Ma place est dans un lieu qu'on ne vend, ni achète. Que moi seule peut trouver dans les règles de l'art. Une douce musique que vous écouterez en ce jour où jamais le vent m'aura ravie.
Photo (c) MrM

vendredi 7 octobre 2016

Vases communicants d'octobre 2016 - La Voix - Lélio Lacaille

hop! hop! hop! voilà voilà!...
Pour les Vases Communicants d'octobre j'accueille avec joie Lélio Lacaille qui me fait l'honneur de partager ses écrits sur le thème
"La Voix"


-        Plus fort !

-           Je ne voudrais pas déranger, mais…

-        Plus fort !

-           Je ne voudrais surtout pas déranger, mais…

-        Plus fort ! On ne t’entend pas !

-           Pourtant je crie, je hurle dans ce micro que vous m’avez donné. Même que, ça me fait tout drôle de gueuler « Je ne voudrais surtout pas déranger, mais… »

-        Plus fort que je te dis ! Tu as trois minutes d’antenne, ne les gâche pas. Parle plus près, augmente le volume, là, à côté sur le petit ampli qu’on t’a prêté

-           J’ai la bouche sur le micro, le bouton de l’ampli est à fond et je m’époumone dans votre bidule. Vous n’avez pas un autre ampli ? … Un comme le vôtre par exemple, il a l’air de bien fonctionner celui-là.

-        Pas possible ceux-là sont trop délicats, tu ne saurais pas t’en servir. Il te reste  deux minutes trente secondes.

-           Mais …

-        Deux minutes vingt-cinq

-           …Je veux témoigner au nom de tous les camarades sur lesquels l’entreprise que nous avons aidée à devenir ce qu’elle est, s’apprête à tirer un trait, alors même que ses bénéfices et les dividendes distribués aux actionnaires n’ont jamais été aussi élevés.
-        Je veux que les français qui sont devant leur poste de télévision entendent la voix de ceux qui produisent les richesses de ce pays. Cette voix leur dit qu’on les vole. On leur vole leur force, on leur vole leur pays, pire que tout ! On leur vole leur vie.
_      Je veux que tous ceux qui nous entendent lèvent les yeux et voient ces hommes et ces femmes qui leur jouent la comédie des convictions politiques, la comédie de leurs oppositions, de leurs querelles, alors même qu’ils s’empiffrent à la grande table dressée  pour eux tout en haut de la pyramide. Ces hommes et ces femmes …

-        Chers téléspectateurs nous sommes obligés d’interrompre, du fait de la mauvaise qualité de la liaison satellite avec Mars. Veuillez nous en excuser.

-        Sans transition … les résultats de la troisième journée de championnat d’ Eurasie de roller-ball.

-       

-         Papa, il a dit quoi l’autre monsieur. Je l’entendais pas bien.

-           Je ne sais pas. Mais j’ai enregistré, j’essaierai d’augmenter le son, et demain on se le repassera Même si je n’ai rien compris à ce qu’il disait, j’aimais bien sa voix



Mon texte se trouve chez lui sur Les décourcis de Lélio Lacaille










jeudi 29 septembre 2016

concert

j'essaie de suivre un concert à la télévision. On m'annonce du Paganini - la Scala 2016, direction Luigi Panfili avec je ne sais plus violon soliste. Pour l'instant l'ouverture est très XXe. L'image se concentre sur les archets allant sur les cordes de violoncelles tandis qu'on entend des notes de violons. Puis elles courent derrière les instants sonores, des notes instrumentales, instrumentées tandis que le champ s'élargit jusqu'à ce que la caméra saisisse le chef d'orchestre dans son élan ultime. Et tout tombe à plat sur l'écran télé. Je me demande pourquoi j'insiste.
La seule musique est celle qui est dite par l'instrument qui vibre sous et avec le corps, sublime magie qui est, ou pas. Mais sur l'écran, restes de gestes pathétiques, saccadés, irrémédiablement plats. Prisonniers.

mercredi 14 septembre 2016

23 lignes - Un peu d'elle, et de lui

Quand la paix et l'amour sont si proches, ils se disent regard, regard posé comme robe légère sur le corps, mouvement suspendu qui accompagne l'inclinaison imperceptible du visage. L'évitement est leur musique, l'esquisse la poésie du charme qui s'évanouit en lignes sinueuses et floues. Cet intemporel du séduire est une pause qui rend éternels l'enchanteresse aventure des êtres qui se parlent sans mot proféré, ni question, ni réponse, ni attente vaine. Ils ont pu se dire. Ou taire à jamais. Les gestes seuls suffisent, gestes minimes dans l'harmonie des claires et des jours. Les mots n'ont plus leur place, désormais inutiles sur la courbe perdue du temps, éperdue de vie.

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