dimanche 12 février 2012

mystère d'hiver

La prison invisible de l'être filtre les lumières et les sons. Tu en oublies les parfums et la vie, toute patraque, marche à ton rythme, te suit dans tes élans, te recueille quand tu es à bout de souffle. Alors, tu te reposes. Tu regardes. Il n'y a rien à voir, tout juste un film impossible dont les dernières scènes sont déjà loin. Tu écoutes. Le silence t'entoure et te protège simplement, au son régulier d'une marche qui te porte là ou ailleurs. Qu'importe, tu ressens la confiance comme un ami fidèle et franc.
Entre le monde et toi, une vitre. Tu es assis sur une banquette en simili cuir, un peu vieillotte, mais propre. Un homme semble parler tout seul, comme une incantation, peut-être une simple conversation téléphonique. De l'autre côté, le blanc du paysage, le gris-lancinant du ciel, le froid d'une lumière d'hiver sans heure. Une simple vitre. Tu touches le tronc râpeux des oliviers, le froid dur des pierres calcaires, la mollesse informe de la boue jaunâtre, glaiseuse et vibrante. Tu frémis. Tu sens.
Rassuré et calme, tu te laisses aller aux battements de ton coeur, aux frémissements de ton être qui suit cette lecture, les mots sur la page que parcourt ton regard délaissant le dehors. Tu plonges en toi, l'instant d'un mot. Alors, revient à ta mémoire la profondeur du ciel, les volumes du décor. Tu viens de goûter un parfum que tu avais cru lointain, hors de ta main. Le corps de l'autre. Tu es.

samedi 28 janvier 2012

une brise légère

Les choses qu'on ne connait pas ont un murmure qui annonce demain.
Derrière la pluie, comme solitude, et les bourrasques, voici un air du jour, la nuit qui s'éloigne.
Je ne sais, ni ose.
sur ma peau, comme une brise légère.

jeudi 26 janvier 2012

Proust ne sera pas un nom de chat

Difficile de lire vite Proust.
Etant partie à la recherche de "textes" pour "commentaires", je me suis dit qu'il ferait bien l'affaire. Cela m'a permis de finir - au bout de six mois - le premier chapitre qui, dès qu'on a pris un peu de recul, commence par la mémoire (chambres d'été, chambres d'hiver... tout ça parce que sa mère, Swann venant dîner, ne lui avait pas donné son baiser de bonne nuit et qu'il était resté à veiller jusqu'à une heure indue, écoutant aux portes) pour finir que le seul souvenir est celui des odeurs et du goût (la fameuse madeleine dans du thé - ou du tilleul - de tante Léonie). Tout ça en 43 pages, où il encastre le "vin d'Asti" et l'entrefilet paru dans "Le Figaro" comme autant de matriochkas, en une sorte de clash temporel.
Cela donne un peu le vertige et demande de la patience, tout en me rappelant le film Memento. Car le lit, la soirée, les conversations des adultes, lui sont (aussi) revenus après avoir goûté la madeleine, qu'il situe à la fin du chapitre, tandis que depuis le début il nous balade entre le lit et le jardin, de la fin de l'après midi au repas du soir.
Je suis arrivée à la page 50 et au délire du couvre-lit à fleurs de tante Léonie.
Mais j'ai peut-être trouvé un premier extrait.

dimanche 22 janvier 2012

du vent dans les voiles

"Il nous vaut mieux clocher en ce chemin que de courir bien vite à l'égarée" (J. Calvin, Institution de la religion chrétienne, [1560] 1888, p. 99, ch. VI, 3).

Je ne sais plus où j'en suis.
Comme si j'avais largué les amarres.
Loin du port. La côte s'éloigne.
Seule.
Sans vent.
J'écoute le silence.
Pour laisser une seule voix monter, me dire, souffler sur les braises de ma vie.
J'ai porté mes mains aux oreilles. Je ne voulais plus entendre ce bruit tonitruant au point de taire mes propres mots, de mettre un bâillon sur ma bouche.
Seule au milieu du silence, loin des hommes.
J'ai un peu peur.
Et, lentement, je lève les yeux.


samedi 21 janvier 2012

pensée d'amour

Après une semaine chargée... Non. Après une semaine passée à être pressée comme un citron, à me presser le citron, mais pas à trop me presser: tout au plus à me lever très tôt... si bien pressée que, vendredi, je n'en avais pas ras-le-bol, dans la mesure où il n'y avait plus de bol du tout, voici que samedi arrive avec son petit rituel: lessive-ménage-courses. L'ordre peut varier. Qu'importe. J'ai douze heures pour m'occuper de la maison et de tout ce qui me sert de coquille. Douze heures, dont je profite avec mon divan, quand je suis en pause digestion. Et si je vous écris maintenant, c'est que je suis en pause digestion et presque quatre heures.
J'aurais bien voulu que cette routine de weekend soit égaillée par un côté plus tendre que, pour l'instant, la vie, le monde, l'univers, moi-même ne me proposent pas.
Mais tandis que je goûte l'intervalle ludique de l'après-midi, je me dis aussi que ce côté plus tendre signifierait un autre point à ma liste du samedi... Après tout, ça me mettrait plus en entrain, non?

vendredi 13 janvier 2012

Miss Tic River

D'habitude, ça m'arrive autour de Pâques, mais ici, ce fut au premier dimanche de l'Avent. J'ai ces instants où les questions fusent qui suis-je? que pens'je? où vais-je? dans quelle étagère? et où les lectures tournent en rond et les serments du dimanche se perdent dans les lustres. Et si la conclusion tourbillonne autour d'un penses-tu ce que tu lis pour arriver à un que fais-tu ici, une saine amnésie volontaire et un bon film calment les questions sans aucun sens.
Cette fois-ci, j'étais assez placide, tendance bovine, innocemment inconsciente et délicieusement naïve quand, d'un coup, mon oeil ne comprit plus ce qu'il entendait et mon oreille ce qu'elle lisait, tandis que, des trémolos dans la voix, l'homme qui parlait là bas au fond s'écria C'est Dieu!
Cela me troubla fort. Je n'y voyais rien.
Je réfrénais un cri ou une fuite et tentais une élucidation diplomatique.
J'eus beau dire que je me référais à un certain Jean Calvin, qui n'est pas resté fameux pour ses fêtes folles à Genève, la réponse reçue m'attribuait sans doute aucun un credo catholique... j'essayais un balbutiement sur... blasphème?, la réplique fut prie et tais-toi.
Je l'ai fermée en me disant, comme le renard, qu'on ne m'y reprendrait plus.
Mais il m'a bien fallu quinze jours pour revenir à ma béate vie de béotienne, mais avec comme un je ne sais quel sentiment de liberté, le regard perdu au bout de l'horizon.

vendredi 30 décembre 2011

Livre-et-rit

Le hasard de ma vie professionnelle fait que je me suis remise à lire les classiques, certains jamais lus ou de si loin que cela n'eût guère d'importance. D'ailleurs, où voulez-vous placer un mot d'esprit, un Jules Barbey d'Aurevilly, je ne sais quelle phrase de Montesquieu ou de Diderot ou une pensée de Pascal au milieu d'un dîner de sottes, d'une soirée entre potes à 25 ans ou d'un plan entre adultes écorchés par la vie. Or l'âge aidant, cela peut être; d'autant plus que les amis intimes goûtent plus les mots, avec le vin et les femmes.
Alors ce matin, à l'heure où seuls les chats vous font lever pour manger puis pour se prélasser sur vos genoux, je me suis replongée dans le "Dictionnaire des idées reçues", contenu dans ma liseuse, qui a de ça de bien pour les chats repus c'est que ça ne fait pas de bruit quand vous tournez les pages. Ponctuant son texte, l'air de rien, de quelques grivoiseries (ces propos totalement pornos entre hommes qui fument au salon), Flaubert n'épargne aucun de nos poncifs littéraires et dînatoires : 'diamant - on finira par en faire! et dire que ce n'est que du charbon! si nous en trouvions un dans son état naturel, nous ne le ramasserions pas!'; 'Diderot - toujours suivi de d'Alembert.'; 'Diogène - "Je cherche un homme... Retire-toi de mon soleil" (pour ceux qui ont fait Lettres [classiques]). Aucune expression toute faite et qui va de soit mais qu'il ne faudrait omettre n'est oubliée, décapée à l'humour, polie au "politiquement correct": 'douleur - a toujours un résultat favorable. La véritable est toujours contenue.'; 'éclectisme - tonner contre comme étant une philosophie immorale.'; 'égoïsme - se plaindre de celui des autres et ne pas s'apercevoir du sien.'; 'enterrement - à propos du défunt : "Et dire que dîner avec lui il y a huit jours!" S'appelle obsèques quand il s'agit d'un général, enfouissement quand c'est celui d'un philosophe.'; 'dur - ajouter invariablement comme du fer. il y a bien dur comme de la pierre mais c'est moins énergique.'; 'érection - ne se dit qu'en parlant des monuments.'; 'félicitations - toujours sincères, empressées, cordiales'. Bien de nos comiques ont puisé dans ces lignes.
Une perle que je me permets de relever, d'autant plus vraie quand un quelconque manuel de français explique inexorablement l'heure et les repas et qui ont dû être repris de Flaubert: 'Dîner - autrefois on dînait à midi, maintenant on dîne à des heures impossibles. Le dîner de nos pères était notre déjeuner, et notre déjeuner leur dîner. Dîner si tard que ça ne s'appelle pas dîner, mais souper.'