jeudi 29 septembre 2016

concert

j'essaie de suivre un concert à la télévision. On m'annonce du Paganini - la Scala 2016, direction Luigi Panfili avec je ne sais plus violon soliste. Pour l'instant l'ouverture est très XXe. L'image se concentre sur les archets allant sur les cordes de violoncelles tandis qu'on entend des notes de violons. Puis elles courent derrière les instants sonores, des notes instrumentales, instrumentées tandis que le champ s'élargit jusqu'à ce que la caméra saisisse le chef d'orchestre dans son élan ultime. Et tout tombe à plat sur l'écran télé. Je me demande pourquoi j'insiste.
La seule musique est celle qui est dite par l'instrument qui vibre sous et avec le corps, sublime magie qui est, ou pas. Mais sur l'écran, restes de gestes pathétiques, saccadés, irrémédiablement plats. Prisonniers.

mercredi 14 septembre 2016

23 lignes - Un peu d'elle, et de lui

Quand la paix et l'amour sont si proches, ils se disent regard, regard posé comme robe légère sur le corps, mouvement suspendu qui accompagne l'inclinaison imperceptible du visage. L'évitement est leur musique, l'esquisse la poésie du charme qui s'évanouit en lignes sinueuses et floues. Cet intemporel du séduire est une pause qui rend éternels l'enchanteresse aventure des êtres qui se parlent sans mot proféré, ni question, ni réponse, ni attente vaine. Ils ont pu se dire. Ou taire à jamais. Les gestes seuls suffisent, gestes minimes dans l'harmonie des claires et des jours. Les mots n'ont plus leur place, désormais inutiles sur la courbe perdue du temps, éperdue de vie.

à propos de 23 lignes

lundi 12 septembre 2016

23 lignes

Vingt-trois lignes est la longueur d'un article, disons commun, dans la presse. Enfin, quand la presse était encore et uniquement imprimée. Ne me demandez pas où j'ai lu cela. Dans un roman. Je ne sais lequel. Mais assez récemment, tout en me disant ah ! oui! je le savais. C'est presque aussi le nombre de lignes d'un carnet "créatif" (22 et 23 si on compte la ligne d'un pseudo-titre) sur lequel j'ai décidé d'inaugurer, à la page 23 d'ailleurs, ces histoires de rien; elles doivent tenir en 23 lignes tout juste.

Cesena, Italie
photo Antonella Minervino
Une silhouette derrière la vitre d'une fenêtre au dernier étage d'un immeuble anonyme en briques de terre cuite. Dans le coin en haut à droite. Presque inaperçue dans la béance de quatre fenêtres vides, amorphes, répliques d'elles-mêmes, soulignées par une même jardinière rectangulaire, terre cuite sur terre cuite, ourlées de plantes-murailles. Si je n'avais pas contemplé sans les voir ces quatre grands yeux aveugles, la silhouette serait restée invisible. Comme je l'épie, elle me fixe. Elle épie interminablement. Elle attend qu'un regard s'arrête, interroge ces quatre grands yeux vides et voie. Elle. Cette silhouette impassible, immobile. Mannequin de bois témoin de nos vies muettes.

vendredi 2 septembre 2016

Vases Communicants de Septembre 2016

Chaque premier vendredi du mois, les Vases Communicants ouvrent "leurs portes" et interconnectent les amoureux des mots.
Ce mois-ci, ce blog a la joie d'accueillir Martine Cros autour d'un projet "libre", mais commun - autour d'une atmosphère, d'une écriture, d'une couleur, cet essentiel dont Martine Cros sait si bien s'inspirer. La seule idée qui nous vint fut celle de refléter l'atmosphère de l'autre pour créer, finalement, un échange de blog à blog mais aussi entre les textes qui s'écrivaient pour ce jour.
Mon texte est sur son blog Aller aux essentiels.


D'aller, dans ce bleu


*

Souffrance et enchantement
Que d'aller dans ce bleu
Visionnaire aux mains vides

Frère de la profondeur
Étrange si lointaine
Pénétrante
Yves Klein, Anthropométrie '5', 1962
Gorgée de magiques
Incertitudes
Obscure et noire comme une sœur
Dans la plus froide nuit

Lumière et intensité
Presqu'un feu ! très chère,
S'y allongent comme une ombre  
Dans l'ombre de nos vies

Le bleu comme une immensité
Parle océane langue

Ce bleu que tu fuis tu
L'appelles le voici
Ce violent ce pur
Cet être
Qui ne ressemble à rien
Qu'au manteau de nos rêves

Il pleure longuement
Le long de nos corps blancs
Après l'amour

A tout ce bleu
Mourir à petit feu
Ne suffit pas.


Martine Cros, pour Sylvie Pollastri,
Vase communicant de septembre 16



Les Vases communicants se déroulent tous les premiers vendredis du mois depuis juillet 2009, à l’initiative de François Bon et Jérôme Denis. Marie-Noëlle Bertrand coordonne les publications et inscrit les futurs échanges sur le blog associé le rendez-vous des vases. Il existe aussi une page Facebook. Aux blogueurs de définir un thème, d’associer images ou son à leur texte et d’écrire sur le blog de l’autre.

dimanche 28 août 2016

mardi 23 août 2016

Emb_rquement

Passé le premier sas, puis le second, l’espace aveugle se referme sur le dallage 4x4 qui reflète le pointillé discret des lumières bleutées, puis jaunes, venues caresser depuis le plafond inoxydable ce marbre d’invention dont la douceur lustrée semble une mer de glace figée dans le temps. Cet espace entre-deux s’étale sur tout son silence et réussit à faire taire ces acteurs publics improbables venus s’asseoir sur des sièges en skaï. En habits voyageurs, baroudeurs d’un jour fripés, friqués, pressés, les voilà contraints à un nouveau rôle, non pas celui de l’attente – qui serait le plus évident quand on voit la façon dont s’enfilent les fauteuils-bancs en ce lieu transitoire – mais celui de numéros collés sur leurs fronts, dans leurs dos, glissés dans une poche, AZ 345 6A, AZ 345 18B, AZ 345 21F. Ils croient s’éparpiller au gré de leur humeur, de leur liberté en sac Vuitton et montre en acier. Ils sont déjà diligentés, mis aux normes, alphanumérisés, scannérisés, réduits à des codes QR, vous êtes priés de garder vos ceintures attachées même après l’extinction du signal lumineux. Ils croient encore avoir une vie, une femme, des enfants, un amant, un rendez-vous, mamma j’ai invité des amis à manger ce soir à la maison la nappe verte ira bien c’est informel, être des individus, des êtres singuliers, originaux, chics, graves, distraits, impatients, dociles, sans réaliser qu’ils en sont réduits à leur stéréotype, ce que le code QR ajoute à leur insu à côté du PNRnumérodebilletfrequentflyercard et qu’eux-mêmes déclarent dans les chemises à fleurs de leurs bambins, leurs lunettes, leurs chaussures ou la coupe de leur pantalon. Ils croyaient s’embarquer, les voilà engloutis, réduits à des ombres, bleutées puis jaunes, spotifiés sur des sièges en skaï rouge. L’espace, lui, reste indifférent. Mais je crois entendre son rire léger et sa satisfaction ahjevousaifaismienvousnepouvezmefuir d’avoir ainsi étroitisé son public éphémère qui bouge en bloc quand les hauts parleurs crachent en mangeant les « _ » nous emb_rquons en premier les f_milles avec enf_nts et les voy_geurs munis de l_ c_rte élite.

Alors, l’espace redevient mer de glace, vide et muette, dès que le dernier geste, le dernier bip, le dernier bonjour-bonvoyage s’éloignent. Il ne subsiste qu’un vague écho de nombres et d’alphabets qui s’annoncent sous les lumières bleues puis jaunes plongeant, depuis le plafond inoxydable, sur les sièges en skaï rouge comme autant de moaï élevés aux âmes enfuies et dispersées. Il s’en fiche puisqu’il s’est rassasié et que la faim le tenaille.